Saint-Etienne Métropole –
Rapport développement durable 2025
Le rapport Développement Durable devrait mettre en évidence la réalité d’une volonté politique assumée d’anticiper, dans tous les domaines de compétence de notre collectivité. Cette préoccupation doit impérativement s’imposer si on veut se prémunir des conséquences prévisibles des évolutions, sociétales, économiques et environnementales auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui.
Mais voilà, il ressemble plus à un puzzle dont on ne se serait pas assuré qu’il donne au final à voir une vue d’ensemble de la réalité de ce qui est entrepris pour ce faire. Il ne s’agit que de la juxtaposition d’opérations et d’initiatives, fort louables au demeurant, mais qui ne sont pas l’armature d’une nouvelle logique pour prendre la dimension des défis à relever.
Pourquoi ne pas réaliser une étude de l’exposition aux risques de notre collectivité. Elle permettrait de s’en servir pour entreprendre les actions nécessaires pour y faire face ou s’en prémunir. Elle rendrait possible une logique de protection du territoire, dans son ensemble, plutôt qu’une approche bien trop parcellaire, animée par les intérêts particuliers de chacune de nos communes.
Le rapport donne à voir, selon cinq axes, un ensemble de réalisations de tout ordre sans que l’on puisse en évaluer les effets, en mesurer l’efficacité recherchée. Ainsi, si on nous indique la longueur des haies plantées, 4 ou 5 kilomètres chaque année gratuitement pour les agriculteurs, on ne sait pas quel est leur impact, et qui va les entretenir. Bref, on fait, sans que cela s’inscrive dans une démarche structurée, sans que l’on puisse en dégager la réalité d’une stratégie arrêtée. Oui planter des haies c’est bien dans l’absolu, mais c’est encore mieux si c’est combiné avec des pratiques agricoles qui limitent ou évitent les ruissellements qui mettent en péril les fonds de vallée, génèrent la destruction des sols et compromettent le bon fonctionnement des stations d’épuration.
Il faudrait que ce rapport contribue à l’abandon d’une logique de raisonnement par silo. Il faut opter pour une approche horizontale de résolution des problèmes. Le monde change très vite au plan du climat, au plan économique et aussi hélas au plan géostratégique. L’autonomie alimentaire et la sécurisation de l’approvisionnement en eau vont s’avérer essentielles et obligent une révision fondamentale de nos priorités.
Le compte administratif 2024 a été présenté, pour la première fois, et parce qu’il fallait se mettre en conformité avec les dispositions législatives, accompagné d’une “ Évaluation climat du budget 2024 “. Cette annexe, réponse à minima à ce que les écologistes appellent de leurs vœux depuis 2020, tente de prendre en compte l’impact climatique de toutes nos décisions. La méthode retenue, I4CE n’est pas optimale, certes, elle peut être améliorée, mais elle a le grand mérite d’exister.
Aussi je suis très surpris de ne pas trouver, dans le rapport Développement Durable 2025, aucune référence à cette annexe. Et pourtant cela aurait permis de quantifier la réalité des efforts faits dans la lutte contre le réchauffement climatique sur notre territoire. Territoire particulièrement meurtri le 17 octobre 2024 par les effets dévastateurs d’une goutte froide. Ce phénomène météorologique appelé à se renouveler a occasionné un grand nombre de dégâts, plus de 85 millions d’euros, heureusement sans faire de victime. Les dégâts sont évalués mais les mesures pour que cela ne se reproduisent pas ne sont-elles pas budgétées.
L’expérience malheureuse vécue en cette occasion devrait accélérer une prise de conscience indispensable pour réorienter les priorités budgétaires de notre collectivité. Et pourtant cela ne transparaît pas dans ce rapport, ni dans la façon dont on arbitre les allocations de ressources entre les différentes délégations de l’exécutif de la métropole.
Le Gemapi va passer de 5,8 millions d’euros à 7,5 millions ce qui reste dérisoire vis-à-vis des aménagements à mettre en œuvre pour éviter que les mêmes causes suscitent les mêmes effets.
Vous l’aurez compris, les écologistes appellent de leur vœux un Rapport Développement durable qui ne soit pas une litanie d’actions louables en soi, mais l’exposé, d’une stratégie pour nous permettre de relever dans les meilleures conditions possible les défis qui se dressent devant nous.
Cette stratégie, pour être pertinente, doit être questionnée et améliorée grâce à son évaluation tout au long de sa mise en œuvre.
Elle doit nous garantir que nous choisissons la meilleure voie pour assurer à nos concitoyennes et concitoyens une lutte optimale pour contrer les effets du changement climatique, mais aussi toutes les atteintes à leur environnement et à leur santé.
Le 25 juin dernier, j’ai proposé à notre assemblée, et à M. Julien plus particulièrement, une méthode capable d’aider à décider autrement (Cap Territoire Durable). Elle permet de garder présentes à l’esprit les conséquences environnementales et sociales de toutes nos décisions de financement. Les contraintes budgétaires sont telles que les conséquences des non choix d’aujourd’hui compromettent durablement, notre qualité de vie et celle des générations à venir.
Il est temps, il est grand temps de décider à la hauteur des enjeux qui nous font face. C’est notre responsabilité. Le débat sur les orientations budgétaires à suivre sera déterminant à cet égard.
Jean Duverger, conseiller écologiste métropolitain