L’alimentation comme première médecine

Conseil municipal du 27 mai 2026

Débat sur la santé

Intervention pour le groupe Écologiste & Social d’Ameline Shah, conseillère déléguée à la politique alimentaire et à l’agriculture

Je tiens d’abord à saluer M. Ngameni pour la présentation qu’il a fait du plan santé et des perspectives à venir dans le mandat.

Évidemment dès lors que l’on parle d’un enjeu de santé publique il est compliqué de dissocier les vertus des politiques sociales à leur coût financier immédiat.

En revanche on parle assez peu des coûts sociaux, écologique, et financiers, de mauvaises pratiques installées dans notre ordre social.

L’alimentation est l’un des enjeux de santé publique le plus important de notre époque.

Déjà parce que tout le monde mange, c’est un point commun entre tous les êtres vivants, mais aussi parce que le marché de l’agro-industrie en France est le premier secteur industriel français avec en 2025 20 000 entreprises pour un chiffre d’affaires de 250 milliards d’euros et 520 000 emplois sur tout le territoire français selon l’Agence Nationale des Industries Alimentaires.

C’est ici et à une heure où la souveraineté alimentaire est sur toutes les bouches qu’il faut rappeler que ces industries, bien que possédant beaucoup d’emplois, exportent plus de 50 % de ce qui est produit sur le sol français au niveau des denrées alimentaires.

Rappelons que lorsque nous parlons « agro-industrie » nous parlons de l’élevage intensif, de la pêche intensive, des bouteilles d’eau en plastique contenant notamment des phtalates et des produits ultra transformés avec un marketing ciblant les enfants et les jeunes, avec un budget marketing en 2023 de 5,5 milliards d’euros.

Selon Santé Publique France 48 % de ce budget cible directement des produits trop gras et trop sucrés.

Aujourd’hui en France, 1 enfant sur 4 et 1 adulte sur 2 sont en surpoids. Le diabète a augmenté de 160 % en 20 ans.

S’y ajoutent notamment l’hypertension, les pathologies rénales, la démence, la maladie d’Alzheimer et de nombreux cancers : colon, sein, œsophage, vésicule biliaire, foie, ovaires, pancréas, thyroïde, utérus, des lymphomes et des leucémies.

Ces informations s’appuient sur le Global Burden of Disease, ainsi que plusieurs rapports de l’Ademe.

Selon les données de la Sécurité Sociale, le coût d’une mauvaise alimentation est d’au moins 40 milliards par an à notre système de protection sociale.

Il y a peu, suite à des politiques d’élu·es en mal de lumière, certains se sont indignés : « Cessons de regarder l’assiette des pauvres. »

Au contraire regardons-la ensemble et faisons en sorte que ce ne soient pas celles et ceux qui font déjà les métiers les plus pénibles, grignotant leur espérance de vie en bonne santé, qui en plus développent des pathologies car ils et elles n’auraient pas accès à une alimentation de qualité.

Et ce coût lié directement à la santé humaine est une goutte d’eau quand on pense aux dégâts environnementaux que ces grosses exploitations occasionnent.

Selon l’Ademe toujours (et on est d’accord pour dire que ce ne sont pas des éco-terroristes) 24 % de l’impact carbone total des ménages est lié à notre système alimentaire.

En 2020, 92 % de l’eau ponctionnée pour l’agriculture n’a servi à irriguer que 6,8 % de la surface agricole utile, selon le Ministère de la Transition Écologique.

Il suffit de regarder ces records de températures du mois de mai, pour se rendre compte qu’évidemment tout ceci va avoir un impact sur la santé humaine à plus à plus ou moins long terme, et on le constate malheureusement encore aujourd’hui.

Heureusement devant ce défi qui est de taille devons-nous, nous avons la chance au sein de la ville de Saint-Étienne de pouvoir nous appuyer sur des acteurs locaux déjà implantés tels que l’association VRAC mais aussi la Sécurité Sociale de l’Alimentation, La Fourmilière, l’entreprise Bionacelle, l’épicerie Vrac en Vert, la Tablée, et tout un réseau de cantines solidaires et participatives, les jardins partagés, la structure Coop’Sol qui aujourd’hui se lance dans du maraîchage urbain…

Il est important pour nous de pouvoir les fédérer ensemble, dans un réseau commun en lien avec les actions de santé publique et les actions de lutte contre la précarité alimentaire de la Ville.

Certaines de ces organisations ont fait des propositions ici comme

  • restreindre et freiner installation de fast-food à moins de 400 m des établissements scolaires comme dans la ville de Londres,
  • favoriser l’implantation de commerces répondant à des enjeux sociaux, sanitaires ou environnementaux,
  • réguler voir interdire l’affichage publicitaire privé par un règlement local de la publicité comme à Grenoble,
  • proposer une offre durable en restauration collective et faire de ces temps méridiens des temps d’éveil et de plaisir.

Enfin étant donné que la viande en restauration collective est souvent issue de l’agriculture conventionnelle, parfois de mauvaise qualité, intégrer une journée végétarienne supplémentaire serait à la fois vertueux pour les mangeurs mais aussi pour l’environnement et la biodiversité ainsi que la lutte contre l’antibio-résistance qui est renforcée par la consommation de viande en agriculture conventionnelle.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi

Crédit photo en-tête DR J.Bub

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