Pour une démocratie ouverte

Conseil municipal du 29 juin 2026

Débat sur la démocratie locale

Intervention pour le groupe de Samuel Guitton

Monsieur le Maire, mes chers collègues, mesdames et messieurs,

La démocratie est souvent résumée à ses grands rendez-vous électoraux. On l’imagine volontiers suspendue à la solennité d’un isoloir ou à l’immédiateté d’un résultat.

Pourtant, nous le savons bien au sein de cette majorité : ce n’est pas que dans les temps de vote que la démocratie s’opère.

Le vote est une fondation, mais la démocratie locale est un édifice qui se construit chaque jour, entre les scrutins. Elle vit dans le dialogue continu, dans l’élaboration partagée de nos projets

Elle vit aussi dans tous les lieux où les personnes se rencontrent et échangent. En particulier les associations et les lieux d’éducation populaire. Il est essentiel que les élus soient à l’écoute de ce qui s’y dit et de ce qui s’y pense.

La démocratie vit dans le dialogue continu, dans l’élaboration partagée de nos projets de ville. Notre responsabilité est de faire de notre commune un espace de délibération permanente.

Mais pour bâtir cette démocratie du quotidien, nous devons d’abord poser un constat lucide : nous ne sommes pas tous égaux devant la démocratie.

Exercer sa citoyenneté demande du temps, des ressources, et une capacité physique ou sociale à s’exprimer. Qu’il s’agisse des situations de handicap, des barrières de la langue, de l’isolement social ou du manque de temps… les freins sont nombreux.

Nous saluons ici le travail effectué par Mme Chêne et M. Ougergouz pour la formidable journée de samedi1. Mais n’oublions pas que c’est aussi à nous d’aller vers les Stéphanoises et les Stéphanois.

Notre rôle d’élus est précisément là : nous devons être des facilitateurs, des capteurs de parole, capables de collecter la vision de toutes celles et ceux qui n’osent pas s’exprimer, qui se sentent illégitimes ou que le système invisibilise.

Aller plus loin, mes chers collègues, c’est aussi élargir notre conception de la communauté locale. Nous devons apprendre à prendre en compte les intérêts du vivant qui ne s’exprime pas.

Qui parle pour les résidents étrangers qui participent à la vie économique et culturelle de nos quartiers mais n’ont pas le droit de vote ?

Qui porte la voix de nos enfants, qui hériteront pourtant des décisions d’urbanisme et de transition écologique que nous voterons dans ce Conseil ?

Et au-delà de l’humanité, qui défend les intérêts du végétal et de l’animal dans notre ville ?

Il est tant d’élargir encore notre conception de la démocratie au-delà des seules personnes humaines.

Car au fond une question se pose quand nous décidons de l’avenir de notre territoire : qui prenons-nous en compte dans nos choix ?

La démocratie locale ne consiste pas seulement à organise le débat entre citoyens, à arbitrer entre les intérêts humains parfois divergents, elle consiste aussi à réfléchir aux conséquences de nos choix sur l’ensemble du vivant qui partage notre territoire. Elle nous invite de penser la démocratie capable d’intégrer dans ses décisions celles et ceux qui sont concerné·es par nos choix. Y compris lorsqu’ils ne disposent pas de voix pour les exprimer.

Le climat et la biodiversité ne siègent pas dans cette assemblée, et pourtant, leurs destins sont liés au nôtre. En tant qu’élus de proximité, nous devons être les porte-paroles de ces urgences muettes.

Nous saluons à ce titre l’initiative de M. le député Courbon qui a cosigné mardi dernier une proposition de loi visant à reconnaître la Loire et son bassin versant comme une entité naturelle juridique dotée de droits.

Pour réussir ce pari, notre groupe Écologiste & Social porte une ambition claire : la vulgarisation et l’accessibilité réelle des enjeux municipaux.

Qu’il s’agisse de budgets complexes ou de projets urbains, les dossiers techniques peuvent intimider et exclure. C’est pourquoi nous devons faciliter radicalement l’accès à l’information. Nous nous engageons à traduire nos politiques publiques dans un langage accessible, inspiré de la démarche « Facile à lire et à comprendre » (FALC). Rendre l’information transparente et compréhensible, c’est redonner le pouvoir d’agir à chaque habitant.

Mes chers collègues, la démocratie locale ne doit pas exclure, ni par la forme de ses débats, ni par la sélection de ses publics.

En ouvrant les fenêtres de notre assemblée à toutes les réalités de notre territoire, nous ne faisons pas que moderniser nos institutions : nous renforçons le pacte républicain à l’échelle de notre commune.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi

  1.  Il s’agit de la journée « Bienvenue à la Maison commune » – voir ici ↩︎

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